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Journal de bord : 4 semaines en mer

4 semaines en mer, ça y est, j’en suis à plus de la moitié du parcours !

Message de Stéphane :


Déjà 4 semaines en mer et pour ma plus grande satisfaction, j’ai atteint la moitié du parcours ce jeudi 4 janvier à 19h précises. Une première grande victoire !!! En effet, jusqu’à ce jour je m’éloignais de Dakar (mon point de départ) et depuis jeudi soir, je me rapproche de Kourou (mon point d’arrivée), donc je me rapproche de vous. L’état d’esprit est tout à fait différent, je vais retrouver ceux que j’aime (pouvoir serrer ma femme et mes enfants dans mes bras), c’est ma plus grande motivation pour ramer encore et toujours plus … Autre satisfaction, je suis repassé devant Leon qui m’avait bien distancé à un moment. Même si je ne fais pas cette traversée dans l’optique de gagner une course, j’avoue que je suis assez fier de cette remontée.

Je vous ai quitté la semaine dernière juste avant le réveillon du jour de l’an, eh bien pour moi ça a été un réveillon particulier mais très réussi au beau milieu de l’océan. Pour illuminer cette journée j’ai réussi à harponner une daurade coryphène (daurade bleu-vert doré), une de celles qui tournaient autour de mon bateau depuis quelques jours. En effet, je me suis dit que j’allais essayer mon fusil harpon à tout hasard … Je n’ai jamais été un grand pêcheur (nombreux sont ceux qui pourront vous le dire). Eh bien là au premier tir, touché ! Je suis trop fier de mon exploit et immédiatement je pense à mon pote Raph et à mon beau-frère Patoche avec qui j’avais participé à un concours de pêche il y a quelques années en Vendée, nous n’avions rapporté qu’un misérable maquereau (dont nous avions fait toute une histoire) alors que tous les autres bateaux étaient rentrés avec un sacré butin … Les gars, finalement, ce n’est pas moi le plus « baltringue » des 3 … Je me hisse même désormais au rang de « pêcheur diplômé » avec cette magnifique daurade de plus d’1 mètre de long.

Cette semaine a encore été une bonne semaine pour moi, parsemée de nouvelles expériences, notamment cet exploit de pêche, et de bonnes surprises. En effet, j’ai enfin retrouvé le feu (grâce à un de ces briquets increvables de Douala), je peux donc à nouveau manger chaud, je me suis d’ailleurs préparé ma daurade en ragoût, dommage il me manquait tout de même quelques épices pour que ma table soit digne des plus grands restaurants étoilés mais vous ne pouvez pas imaginer comme j’ai profité de ce repas malgré tout, ça fait du bien de manger autre chose que des plats lyophilisés. Avec ma gazinière à nouveau fonctionnelle, je peux me refaire du café chaud … Et ça, vous conviendrez avec moi que c’est un vrai « confort ».

Le soir du réveillon, je téléphone chez moi, j’ai tous les copains en ligne, ça fait chaud au cœur … Il y a l’air d’avoir une sacrée ambiance à la maison. Chacun prend le temps de me dire un petit mot, ça me transporte pendant quelques instants à Bures sur Yvette. Je me couche ce soir-là avec les paroles réconfortantes des uns et des autres. J’ai quelques paquets à ouvrir (encore des surprises de mes proches : mots, photos gourmandises … qui me permettent de m’endormir le cœur en fête). Quand je me réveille le lendemain matin, le 1er janvier, j’ai la bonne surprise de trouver une vingtaine de SMS sur mon téléphone iridium. Tous mes potes s’étaient fendus d’un petit message personnalisé pour moi, ça m’a vraiment fait super plaisir même si de nombreux SMS étaient tronqués (seuls ceux de Romane, ma fille, et Alexia, ma nièce, étaient entiers – ils étaient d’ailleurs trop mignons). Du coup, j’ai du essayer de deviner qui avait écrit quoi, ça m’a occupé ! Ces attentions, ça boost le moral même s’il n’était pas mauvais.

Côté physique, je souffre toujours de façon importante de mes escarres. Je fais le point par téléphone avec Carole, ma belle-sœur, qui est infirmière, sur comment me soigner au mieux. Le Compeed va devenir mon meilleur allié dans cette affaire. Lundi 1er, je décide de ne pas ramer et de consacrer cette journée aux soins car je sens que j’en ai besoin. Je ne dois pas prendre ces bobos à la légère car d’après Dominique, mon routeur, les escarres (mal ou pas soignés) sont une des premières causes d’abandon sur ce genre de traversée. Il est impensable que je ne puisse pas aller au bout par négligence de ma part. Je me gendarme donc, je passe la journée à bouquiner et à tout faire pour ne pas me retrouver en position assise. Cette parenthèse/pause paye : le lendemain, mardi, je sens qu’il y a un léger mieux, je vais donc pouvoir recommencer à ramer, mais je fais attention, j’essaie d’écouter mon corps. J’ai aussi d’autres petits bobos à soigner aux pieds, notamment une crevasse qui se creuse au niveau du pied gauche et de grosses irritations au niveau du pied droit dues au frottement de mon footstraps (c’est effectivement la chaussure que j’ai perdue lors de mon chavirage qui me permettait de protéger mon pied, avant). En fin de journée, j’ai généralement très mal aux bras, d’avoir ramé longtemps. Je m’aperçois que mon corps change, j’ai perdu pas mal de muscles au niveau des cuisses (je courais beaucoup avant de prendre la mer), en revanche je me suis bien musclé au niveau des mollets et des bras. J’ai mal dans les mains en continu au point de ne plus pouvoir serrer le poing … Certains mouvements ne sont plus habituels pour moi, je sens que je vais avoir besoin de me réadapter à la vie terrestre, et que cela me prendra probablement quelques jours …

Autres tracas, je m’aperçois que mon téléphone iridium de secours ne fonctionne plus … A priori, c’est un problème de batterie …Le téléphone iridium principal est OK mais il ne faudrait pas qu’il me lâche car je n’aurai pas d’alternative, c’est assez ennuyeux. Autre petit souci, je me rends compte que mon horloge biologique n’est plus trop en phase avec l’heure française sur laquelle, je me calque encore en terme de rythme aujourd’hui alors que je dois avoir environ 2 heures de décalage horaire avec Paris (en plein milieu de l’océan il doit être 18h quand à Paris il est 20h), mon GPS, qui n’est pas un équipement de navigation dernier cri, ne m’indique pas l’heure à laquelle me fier. J’ai donc décidé de changer mes horloges/montres/… dès ce soir pour me recaler sur un rythme physiologique qui devrait mieux me convenir. A suivre.

Bon en attendant, la vie continue à bord et je dois descendre gratter la coque, cela fait quelques jours que je me le dis. Les conditions sont réunies, alors, je plonge. Il y a pas mal à faire. Je gratte au tampon jex des genres de boules d’algues qui se forment sous la coque, ralentissant ainsi ma progression. Je suis nez à nez avec des daurades coryphènes et des bonites. Il y en a bien une bonne dizaine et ces poissons sont de moins en moins farouches, ils s’approchent de plus en plus de moi. Et moi, j’avoue, je suis de moins en moins rassuré. Ouf, l’opération se termine, je remonte dans mon bateau sain et sauf avec un bateau tout propre, prêt à braver les prochaines vagues !

Petits plaisirs de la semaine :

-  Les surprises du jour de l’an (photos et petits mots, que je regarde et relis très régulièrement)

-  A noter, une de mes boîtes d’allumettes surprise (une à ouvrir chaque jour), avec un sticker de couronne et un petit mot de Romane qui me dit que même si je ne suis pas là pour la galette des rois, je reste son Roi à elle ! Je t’aime ma fille Chérie !

-  Je me suis servi un perroquet (Ricard + sirop de menthe) en guise d’apéro un soir. C’était très agréable. Pour votre gouverne, il faut que 2 conditions soient réunies pour que je décide de me servir un petit apéro le soir : avoir eu une bonne journée et avoir des conditions météo favorables pour pouvoir savourer cet apéro sur « ma terrasse » … 

-  Pour les plats, pas de grand kif, j’ai fait le tour de mes menus lyophilisés donc il n’y a plus de nouveauté, ça tourne un peu en boucle. Je note quand même mon repas 5 étoiles pour le réveillon : ma daurade coryphène : le pied que j’ai pris à la pêcher, la préparer et la déguster …

-  J’ai fini mes mini Toblerone, du coup, je viens d’entamer ma plaquette de chocolat Lindt Création praliné feuilleté – un vrai délice -, je vous le conseille sincèrement. Déjà sur la terre ferme, c’est une tuerie, alors là en mer, c’est carrément décuplé !

Globalement, j’ai passé une très bonne semaine. J’ai bien navigué avec des conditions météo favorables à une belle progression. Je suis allé chercher une veine de courant porteur en descendant plus au Sud que mes camarades, sur les précieux conseils de Dominique. Cette option s’est révélée extrêmement payante car j’ai pris pas mal de vitesse (parfois quand NED « s’emballe », le bateau craque de partout, c’est impressionnant surtout au début mais ça y est je suis habitué à ces bruits), ce qui m’a permis de repasser devant Leon et d’améliorer largement mon rendement et ma date d’arrivée en Guyane. J’espère pouvoir atteindre la côte avant le 31 janvier …C’est mon objectif, même si je sais que d’ici quelques jours je vais arriver à une phase difficile en terme de courants et qu’il va falloir que je redouble d’efforts en temps de rame … Mais une chose à la fois, pour l’instant je savoure cette première moitié de parcours réalisée. J’ai une gnaque d’enfer pour attaquer la 2e moitié, je suis sur-motivé.

Merci à tous pour vos messages d’encouragement et de soutien, Anne-So me les transmet très régulièrement, ils m’accompagnent au cours de cette aventure.

Je fais des photos, je filme à l’aide de ma Gopro … J’aurai des tas de choses à partager avec vous à mon retour.

A bientôt.

Stéphane