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Journal de Bord : 5 semaines en mer

5 semaines en mer, 2/3 de la distance totale parcourue

"5 semaines en mer et j’ai passé les deux tiers de la traversée … Je me rapproche doucement mais sûrement de l’arrivée. Je me dis que je me suis bien habitué à mon « inconfort » mais j’ai hâte d’arriver et de retrouver le VRAI confort (celui dont on n’a pas conscience quand on en profite au quotidien) c’est-à-dire un vrai lit, une vraie salle de bain, la stabilité de la terre ferme … Et surtout ma femme et mes enfants ! Avec toutes ces motivations en tête, j’ai augmenté mon temps de rame quotidien, je suis aux alentours des 7h – 7h30 de rame par jour et je ne compte pas mollir.

J’ai pris mon premier grain de l’aventure samedi dernier en fin de journée. Pendant 40 min environ, il a plu des cordes, j’ai tout rangé rapidement et j’ai du me mettre à l’abri dans mon cockpit tellement la pluie était forte.

Mais le beau temps est revenu rapidement, heureusement car je me suis aperçu que ma dérive s’était coincée. Il a donc fallu que je me mette à l’eau pour régler ce problème. Et là, moment d’angoisse … J’étais très concentré sur ma dérive, que je suis arrivé à remettre d’aplomb, et je n’ai pas vu arriver une daurade coryphène, qui est venue me percuter. En me retournant, j’ai vu qu’un ban d’une cinquantaine de bonites se dirigeait rapidement droit sur moi, j’ai vraiment cru qu’ils allaient m’attaquer. Je ne sais pas comment j’ai fait mais je suis arrivé à remonter en 4e vitesse sur mon bateau … Quel moment de stress !!! Je sais qu’il va falloir que j’aille gratter la coque sous peu, et là franchement, je n’en ai nullement envie, je ne suis pas serein du tout …Remis de cette frayeur je me remets au poste de rame car il me faut continuer à ramer.

Dimanche, alors que je suis au poste de rame et que la mer n’est pas particulièrement clémente, je vois une montagne d’eau m’arriver droit dessus, et là, je n’y coupe pas, nouveau chavirage, mais cette fois-ci alors que je suis à l’extérieur …Il faut donc rapidement que je détache mes pieds attachés dans le footstraps (planche avec les scratch sur laquelle je pousse avec mes pieds lorsque je rame) pour me libérer et remonter vite à la surface, ce que j’arrive à faire tant bien que mal. Mais je n’ai pas le temps de trop réfléchir, le bateau se retourne à nouveau pour revenir à la normale. En fait, il a fait un tonneau … Tout s’est passé très vite, je n’ai pas vraiment eu le temps d’avoir peur. Bien entendu j’étais attaché avec ma ligne de vie, je n’ai donc pas eu trop de mal à remonter sur mon bateau. Nouveaux dégâts liés à cette avarie : une rame valide partie à l’eau (la 3e depuis le début de l’aventure, il m’en reste donc 3 pour finir la traversée) et surtout, et là, c’est un gros coup dur, mon Iphone a été éjecté par-dessus bord lors du retournement (j’avais dessus ma musique, que j’écoutais régulièrement en ramant, de nombreuses photos et vidéos que j’avais prises pour vous montrer ce que je vis au quotidien …Tout ça est donc maintenant dans les entrailles de l’Océan … Heureusement il me reste ma GoPro). Je vous passe le fait que j’ai à nouveau pris un peu d’eau dans le cockpit à cause d’un hublot ouvert.

Cette semaine a été la première semaine vraiment compliquée de l’aventure. Je n’ai pas eu de bonnes conditions météo, du coup, mes progrès ont été beaucoup moins visibles. Nous sommes également arrivés dans la zone où les courants deviennent moins favorables et où il faut prendre des décisions, définir des stratégies de route. Avec Dominique, mon routeur, nous optons pour la route Sud, peut-être un peu plus longue que celle au Nord mais qui devrait m’assurer de couper la ligne d’arrivée là où elle a été positionnée. Je vais donc partir fortement au Sud pour pouvoir aller chercher une veine de courant favorable qui me ramènera ensuite vers les côtes Guyanaises. Je semble être le seul à opter pour cette stratégie, les autres gardent un cap beaucoup plus Nord. Cette route Sud est difficile, je subis des courants Sud-Est alors que moi, je veux aller Sud-Ouest, je rencontre des vents contraires et tournants, ce qui ne me permet pas d’avancer comme je veux… C’est assez démoralisant, je m’aperçois même aujourd’hui, qu’il est possible de reculer dans cette aventure (c’est ce que j’ai constaté ce matin en relevant ma position GPS) et je vous avoue que ça fiche un sacré coup au moral. Je sais que je ne suis plus très loin du but, mais chaque jour compte et voir mon arrivée se décaler ne m’enchante absolument pas. C’est la première fois depuis le début de l’aventure que je ressens une réelle solitude … Ajoutons à cela une vilaine plaie que je n’arrive pas à soigner au niveau de mon pied gauche, elle me fait souffrir et ne me permet pas de ramer correctement. Je vais prendre le temps de me soigner, il ne faut surtout pas que je risque l’infection qui pourrait m’empêcher d’aller au bout … Jusqu’ici, je gérais avec un compeed et du strap, mais ça ne tient pas, je vais tenter le bandage. Il faut que j’arrive à faire cicatriser cette plaie coûte que coûte … Je vais y attacher une attention particulière.

J’apprends que j’avais disparu des écrans vendredi 12 janvier au petit matin (pendant quelques heures) et que cela a beaucoup inquiété mes proches et tous ceux qui me font l’amitié de me suivre régulièrement sur la carte. Je ne sais pas ce qui s’est passé, ma balise était pourtant suffisamment chargée, je ne me suis rendu compte de rien, sauf quand j’ai reçu un sms de Dominique qui me demandait de vérifier l’état de charge de cette balise. Rassurez-vous, je suis toujours là !

Comme vous l’avez bien compris, semaine difficile. J’ai encore pris un gros grain hier. Je rentre dans le dur (je le savais, mais y être c’est autre chose) avec des courants et des vents qui ne sont pas favorables, je suis à peu près à la moitié de ma route Sud, qui va me permettre de retrouver des courants plus favorables un peu plus loin mais en attendant, il faut vraiment que je m’accroche et que je ne lâche rien ! Comptez sur moi mais il y a des moments plus durs que d’autres … J’ai quand même eu un petit cadeau qui m’a fait sourire dans ma boîte à surprises cette semaine : un soir, j’ai trouvé dans ma boîte d’allumettes une petite ancre en élastiques Loom, je reconnais bien là les créations de ma fille Romane. Comme j’ai perdu mon ancre principale (lors de mon premier chavirage), je me dis que je pourrais peut-être me servir de celle-là en cas de besoin … 

Anne-So m’a demandé l’autre jour si j’avais parfois des coups de blues, honnêtement pas trop (quoique cette semaine …) mais je crois aussi que je me l’interdis car je me dis tous les jours que j’ai trop de chance d’être là et de vivre cette belle aventure.

Même si ces derniers jours ont été éprouvants, ne vous inquiétez pas, je vais bien, je continue de ramer pour arriver en Guyane au plus vite. Merci pour tous vos messages de soutien et d’encouragement, vous n’imaginez pas à quel point ça fait du bien quand on est seul, loin de tout, de savoir que l’on pense à vous. Donc une fois encore merci à tous.

A bientôt."

Stéphane